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Allier travail collaboratif délocalisé, BIM et projets durables

*Cet article est originalement apparu sur le site voirvert.ca


Le recours au BIM s’impose plus que jamais pour la réalisation des projets durables en ces temps où le travail collectif est délocalisé.


Pour la grande majorité des entreprises œuvrant dans le domaine de l’environnement bâti, les derniers temps ont confirmé une chose : le numérique n’est plus une option. Télétravail, visio-conférence, accès à distance via les réseaux privés virtuels (VPN), des concepts bien connus pour certains acteurs de l’industrie, sont devenus incontournables pour tous.

La rapidité avec laquelle bien des acteurs de l’industrie de la construction se sont mobilisés afin d’implanter des mesures de travail à distance est impressionnante. Par contre, tandis que beaucoup d’employés et d’employeurs constatent les bénéfices du télétravail, les limites de ce mode deviennent apparentes, surtout dans le contexte de travail collaboratif à différentes étapes du cycle de vie d’un projet.

Quelles sont donc les clés pour faciliter ce travail collaboratif distribué, supporté par les outils numériques? De manière plus globale, comment pouvons-nous mettre à profit le virage numérique dans la situation actuelle pour repenser l’industrie québécoise de la construction afin de livrer des projets durables et de qualité? À la base, il s’agit d’une progression des capacités de l’industrie menant à l’intégration collaborative de l’information tout au long du cycle de vie d’un actif immobilier, et ce à plusieurs échelles.

Clé de voûte du virage numérique Le travail collaboratif numérique dans le domaine de l’environnement bâti est caractérisé par la donnée numérique centralisée et interopérable, ce qui représente la clé de voûte du virage numérique : elle est au cœur de l’approche collaborative BIM[1]. Les données numériques produites et gérées de façon collaborative, transparente et accessible en temps réel supportent les activités liées aux différentes phases du cycle de vie des actifs bâtis, notamment pour la planification, la conception, la réalisation, la gestion de projet et l’exploitation de ceux-ci. Bien amorcé et encadré, le virage numérique facilite la prise de décision des acteurs du secteur en supportant leurs interventions en leurs activités dans les différents écosystèmes de la société québécoise. Il y a des gains importants à faire en favorisant l’intégration de l’information tout au long du cycle de vie d’un actif bâti via le BIM, tant sur le plan économique que sur le plan de la qualité, de la santé et de la sécurité ainsi que de la durabilité de l’environnement bâti. Dans sa plus simple expression, le virage numérique dans le domaine se décline selon quatre catégories, soit (1) la donnée numérique, (2) la connectivité, (3) l’accès numérique et (4) l’automatisation (Roland Berger, 2016).  La situation des derniers temps a obligé les entreprises à mettre en place ou à bonifier certains aspects liés à l’accès numérique et à la connectivité, soit l’accès mobile ou à distance aux réseaux et aux données ainsi que la connexion et la synchronisation des sources de données et des activités, afin d’assurer leur continuité opérationnelle. Ce mouvement s’est concrétisé entre autres par l’augmentation du recours à la visio-conférence ainsi que par l’utilisation des plateformes de collaboration et des services de stockage et partage infonuagique.

Un mouvement vers des outils spécialisés pour le domaine de la construction et visant à soutenir la production, la collaboration et les échanges d’informations distribués est observé depuis quelques années, avec un nombre d’outils et de plateformes qui ne cesse de s’accroître. En plus d’impliquer les deux clés liées à la connectivité et à l’accès mentionnées plus haut, ces solutions spécialisées permettent d’impliquer les deux autres clés du virage numérique : la donnée numérique et l’automatisation, soit la collecte et l’analyse de données en format numérique ainsi que la possibilité d’utiliser les technologies pour créer des systèmes autonomes, ou d’automatiser certains processus du moins.  Il est question ici d’outils de modélisation, d’environnements de données communs, de plateformes de communications spécialisées et de gestion de projet, de suivi et de validation de la coordination, etc. Malheureusement, nous avons peu de données sur le taux d’adoption et d’utilisation de ces technologies au Québec. De façon anecdotique, leur adoption est relativement limitée, quoique certains donneurs d’ouvrages publics et certaines firmes et entreprises ont implanté des solutions de la sorte.

Bon nombre de ces technologies en sont à leurs débuts et s’avèrent donc relativement immatures. De plus, il reste beaucoup de travail à accomplir pour normaliser les pratiques et les procédures régissant le travail dans les écosystèmes collaboratifs ainsi que pour faire évoluer les capacités dans l’industrie de manière cohérente et significative. La figure suivante, adaptée de Bakkmoen, directeur à l’agence norvégienne responsable pour les projets dans le domaine de la santé – Sykehusbygg,  démontre l’évolution des capacités et des pratiques liées à l’intégration progressive de l’information dans l’environnement bâti en fonction de certains indicateurs.

Support à la prise de décision Rappelons-le, le travail collaboratif supporté par le BIM vise notamment cette intégration de la donnée et de l’information du projet et de l’actif afin de supporter la prise de décision par les acteurs de projet appropriés. L’axe horizontal de la figure démontre l’évolution des capacités et du potentiel liés à la production et à la gestion de l’information dans l’environnement bâti, passant du dessin à la main jusqu’à l’intégration complète des sources d’information à plusieurs échelles en temps réel, mettant les bases pour des actifs intelligents liés avec la société. L’axe vertical quant à lui décline cinq indicateurs qui évoluent en fonction du degré de capacité identifié : (1) contenu, (2) numérisation, (3) interopérabilité, (4) collaboration, et (5) approbations. À cet effet, l’évolution en matière de capacité liée au contenu implique le passage de la représentation des éléments des actifs et des objets de construction par des lignes et du texte à des données opérationnelles liées aux objets numériques. La numérisation porte sur les supports et les formats d’échange de données et d’informations, passant du papier aux plateformes intégrées.




L’interopérabilité indique la capacité d’échange des données et de l’information entre deux systèmes ou acteurs. Naturellement, une meilleure interopérabilité implique un transfert sans faille de la donnée et de l’information au sein des équipes de projets tout au long du cycle de vie d’un actif, et ce à plusieurs échelles. La progression de la capacité en ce qui concerne la collaboration porte sur la nature des actions collaboratives posées dans un projet, passant de la réunion de coordination autour de plans papiers à l’utilisation des modèles d’informations par un large éventail d’acteurs pour informer les aspects dépassant les sphères de l’actif lui-même. Le processus d’approbation implique la manière dont les approbations de projet sont effectuées, que ce soit pour le zonage, la réglementation, la planification, etc. Finalement, la figure démontre quelques pistes liées à la mise en place de jumeaux numériques de l’actif, à l’échelle de la ville et du territoire ainsi qu’à l’échelle des villes intelligentes et des sociétés connectées. En observant cette figure, il est possible de constater quelques points. Premièrement, le travail collaboratif distribué supporté par le BIM passe par la numérisation de la donnée, l’accès à celle-ci et la connectivité des activités qui la supporte. En revanche, ce passage implique une progression quant aux capacités de l’ensemble des acteurs du secteur de l’environnement bâti à plusieurs égards, notamment aux aspects liés au contenu, aux formats, aux processus et aux protocoles.

En terminant, il est question d’un monde post-COVID-19 et du souhait, somme toute généralisé, de profiter de la crise pour amorcer une relance économique et sociale qui est écologique et durable. Comme mentionné dans le précédent article, la transition écologique de l’environnement bâti québécois passe entre autres par la transition numérique. Il est grand temps de mettre pleinement à profit le virage numérique pour repenser l’industrie québécoise de la construction afin de livrer des projets durables et de qualité : le moment est opportun pour accélérer ces transitions en établissant les bases du travail collaboratif, supporté par le BIM, dans le but de maximiser la valeur générée par l’industrie pour la société québécoise.